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J’aime les salles des ventes et même si je n’apprécie pas trop voir des histoires vendues au plus offrant j’apprécie l’atmosphère qui y règne. Cette odeur particulière de poussière et de bois. Il y a quelques mois, j’avais vue cette gravure en vente. Elle représente un plan de mon quartier avant que ne se construise au 19eme siècle toute ces grandes maisons victoriennes y compris celle ou j’habite. J’ai aimée immédiatement cette idée d’avoir cet avant devant mes yeux et de vivre dans l’après.

Foule devant les portes. Des américains venant s’acheter une tranche d’histoire comme des étrangers à la recherche de leur passé. Et moi avec cette chanson de Barbara en tête. A l’entrée des agents nous fouillaient, j’aurais voulu un passage plus doux, comme une sorte de retour vers le  passé, et à la place de ces hommes ceinturés et gantés j’aurais préféré des guides amenant les acheteurs vers leur place avec élégance. En fermant les yeux, j’aurais presque pu entendre le bruissement des robes de soie et des cannes frappant le sol. Mais j’étais la a l’entrée, bottes, jean, éternelle chemise blanche et ma grosse veste d’hiver  … Trop moderne et presque décalée.

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Dix heures trente, le rideau  se leva presque comme au théâtre. Si j’avais entendu les trois coups je n’en aurais pas été étonnée. Les premiers objets arrivent. Des bronzes, quelques tapisseries, des commodes….. Je regarde passer tout cela avec une sorte de détachement. Ces objets ne sont pas pour moi, ils me parlent mais de  trop loin pour que j’en ai envie. Et puis leur forme sont trop pleines, trop rondes pour moi qui aime tant les angles et les lignes de fuite droite. Puis est apparue un portrait de jeune fille. Toile ovale, visage clair et fin. Peinte en trois quart, ses bras sont tendrement ouverts vers l’extérieur comme vers moi. Brune, des yeux noisette interrogateurs. Elle est belle. J’essaye d’imprimer les contours de ce visage dans ma mémoire avant qu’elle ne parte rejoindre l’intérieur d’une probable banale maison américaine  de bord de mer. Les prix s’emballent et elle me regarde comme éperdue. J’entends quelques bruissements puis un prix final cher, très cher. Elle le mérite cette jeune femme au regard tendre. J’aurais bien voulu connaître son histoire.

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Puis cette gravure enfin. Description, année, chiffres et mesures. Je lève la main. D’autre font de même. Je suis comme détachée de ce qu’il se passe autour de moi, je n’ai jamais eu une mentalité de joueuse c’est peut-être pour cela. C’est comme un ballet rythmé par une musique monocorde. Réponses à des questions inaudibles. Quelques secondes  à peine et le commissaire me fait un signe de la tête. J’acquiesce, elle  est à moi. J’en ai presque oublie le prix. Forcement un peu trop élevé. Peu importe, je ne compte pas lorsque j’aime.

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A cet instant précis, je voudrais juste l’emporter comme lorsque l’on prend la main d’une autre pour la guider vers une chambre. Je voudrais ne pas passer par les étapes obligatoires. Juste l’emporter sans entourage de papier, sans vêtements. Mais il me faut signer ce cheque, attendre qu’un homme quelconque  vienne me l’apporter entourée dans ce papier marron si americain. Redevenue un objet, une chose presque inerte.  Et je n’ai plus qu’une obsession, celle de rentrer à la maison. Je la déshabillerai de cette enveloppe puis la poserais sur ma table basse, laissant enfin un vrai dialogue s’établir entre nous. La survoler, la découvrir en tête à tête. Suivre de mon doigt les lignes de ce plan comme lorsque l’on dénude  un corps, en apprécier les pleins et les déliés, en dénuder les détails cachés ….. Comme le début d’une histoire d’amour.  Ce n’est pas la première fois que je m’arrête devant un tableau et que je ressens les mêmes effets que si j’étais devant un être vivant, cela ne devrait pas être la dernière.

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Ce tableau est reparti en France en stockage lorsque je suis partie de Boston pour Washington…. Ne sachant pas trop ce que je devais en faire. Il m’attend dans un carton paisiblement … Je crois qu’il me rapellera avec bonheur Boston et le Massachusetts dans quelques annees lorsque je prendrais l’avion de retour vers mes origines ….

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8 Réponses dans “Salle des ventes”

  1. Cette petite gravure est maintenant un morceau de votre histoire, sans elle peut-être que l’histoire serait incomplète … Elle là quelque part dans un carton mais surtout dans votre coeur … Elle attend, comme ces livres qu’on a aimé, qu’on ferme, qu’on range quelque part et dont on sait pertinemment que l’on y reviendra un jour … Joli billet toute en douceur, emprunt d’une mélancolie apaisante en cette fin d’été …

  2. Chester dit :

    Je dirais plutôt que ce tableau attend que votre histoire débute enfin, comme deux chemins qui se rejoignent pour n’en faire plus qu’un. Une belle rencontre, un nouveau destin. Ne le fais pas attendre trop longtemps.

  3. Pop's dit :

    @La Voyageuse Immobile : Merci. En effet elle m’attends cette belle gravure ancienne avec patience pour le moment .. Je sais qu’elle me rappellera ces années américaines lorsqu’il sera temps pour moi de partir vers un nouvel horizon … Ailleurs …

    @Chester : L’image est jolie, oui une belle rencontre. Cette gravure représente un plan de Back Bay (Quartier de Boston)ou les rues des la fin du 18eme siècle sont déjà perpendiculaires délimitant en « blocs » les lieux d’habitations … Cela doit fait plaisir a mon cote « autiste » je pense … aussi. Quant a la faire attendre longtemps ou pas l’avenir le diras !

  4. l'avion rose dit :

    Ce plan est une bien belle parabole à vos itinéraires qui vous mènent ainsi, de chemins en rues, à travers votre destin. Il est structures et fondations. Et même le regard étranger le plus doux n’a su vous en écarter. Moi je n’y vois aucune mélancolie, bien au contraire, plutôt l’expression de vos désirs de cet après, de ce futur que vous espérez, toujours, et vers lequel, à votre rythme, vous tendez en suivant avec douceur et volonté ses lignes. Enfin comment ne pas « s’amuser » de cet attrait de la cartographie pour vous qui vous égarez si facilement…

  5. Pop's dit :

    @Madame La Pilote : En effet je me perds souvent même si je suis équipée des toutes dernières nouveautés en terme de GPS ! Et oui j’aime aussi ce mélange des genres … Passé, présent, futur … Connu et inconnu … Une Vie en quelque sorte …

  6. The Royal dit :

    La magique ambiance des salles de vente..le moment tout aussi magique ou le commissaire priseur fait un signe…et voila un nouveau compagnon de route,une nouvelle aventure…une nouvelle histoire d amour…J aime l idee du dialogue, je parle a mes tableaux, je les couve de regards amoureux, je les flatte..Votre gravure a deja su vous emouvoir, elle vous attend fidele pour continuer votre conversation..pleine de souvenirs , de secrets et d histoire…elle est a vous et vous racontera a nouveau une belle histoire..

  7. Isa dit :

    Une belle émotion que ce texte…

  8. Pop's dit :

    @The Royale : Ah …. Le regard amoureux que l’on peut avoir envers « ses » tableaux … J’imagine bien le regard que vous pouvez avoir face aux « vôtres » … Le mien vous plairait peut-être dans son joli cadre doré ….

    @Isa : Alors tant mieux … C’est fait pour cela hein ?!?

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