La proie est devant moi à une dizaine de mètres … Plutôt séduisante… Une petite trentaine d’années a moins que le maquillage qui encadre ses yeux ne la vieillisse un peu. Grande, plutôt fine, élancée, des cheveux mi-longs d’un blond tirant sur le vénitien, des yeux noisettes légèrement en amande, des jambes fuselées, des genoux arrondis et des quenottes parfaitement alignées et d’une blancheur intrigante. Un tailleur gris anthracite sur un chemisier blanc classique de bonne coupe. Une paire de chaussures à talons. Des boucles d’oreilles assorties a un collier de verroterie, un bracelet argentée. Pas d’alliance.
La proie, l’œil aux aguets avance en louvoyant légèrement vers mon bureau de la démarche un peu élastique de quelqu’un habitué à passer des heures en salle de gym. Elle tire vers elle d’un geste vif le siège « Invité » face a mon bureau et s’assoit en croisant les jambes. Ses épaules se détentent imperceptiblement. Juste un léger mouvement que pourtant je remarque. Elle me parle en souriant doucement. J’écoute a moitié, un œil fixée sur des ongles qui arborent une french manucure de moins de 24 heures et l’autre rive sur cette jambe croisée.
Je plains la proie. Tous les gars de mon service ont remontés les manches et affutés leur sourires de carnassiers. La chasse est ouverte. Je le sens viscéralement. Prêts a tout pour gagner la course de la séduction démarrée dix minutes plus tôt a son arrivée dans les bureaux. Gagner cet innommable concours, l’accrocher sur leur tableau de chasse. Je ressens les regards qui se posent sur la proie avec douleur, compassion et une certaine forme de tendresse aussi. J’ai les yeux humides et le cœur au bord des lèvres.
Je ne serais pas dans le camp des chasseurs. Certainement pas, définitivement pas. Jamais. Elle ou une autre. Je n’ai pas ce trait de caractère. Mes « hommes », que pourtant j’aime bien me donnent la nausée. Je déteste leurs regards a cet instant précis. Sensation d’étouffer, envie de partir, de claquer la porte, d’aller respirer l’odeur de la mer …. dehors.
Dans l’avenir, je sortirai peut-être chercher a déjeuner de temps a autre avec elle. Nous serons évidement assises a la même table lors de la prochaine soirée de Noel. Je lui parlerais aussi d’autre choses que de travail. Elle me demandera certainement ce que fait mon « ami » … J’éluderai la question une fois de plus en répondant le plus nonchalamment possible et en utilisant des mots comme « France », « décision », « couple », « distance », « carrière » et « choix ». Elle me demandera comment je fais pour naviguer entre les écueils des « boys » du bureau. Je lui expliquerai que tout tient dans le regard posé sur l’autre, et certainement pas dans une attitude agressive ou de séduction. Je lui expliquerai qu’il faut garder les yeux grands ouverts et qu’il faut refuser de se soumettre a un certain ordre du monde et cela quelqu’il soit. Enfin si elle me le demande.
La proie s’appelle Carolyn. Elle rejoint notre équipe aujourd’hui. La seule fille de l’étage avec moi. J’espère qu’elle saura trouver sa place et son équilibre ici sans avoir a perdre même partiellement son âme. Je le lui souhaite. Je suis heureuse d’être ce que je suis a cet instant. Libre n’est pas tout a fait le mot juste, mais d’une certaine maniere je le suis. Je voudrais pouvoir leur dire a tous. Leur faire comprendre. Je ne le ferais pas comme d’habitude. Bienvenue dans l’Antre.
Ecrit la rage au ventre et le petit-déjeuner au bord des lèvres
C’est que ça fait presque peur ce que tu racontes…de mon côté suis dans une équipe 100% féminine, ce qui n’est pas toujours mieux…mais au moins, je n’ai pas ce genre de problème ( d’autant qu’il n’y a aucune lesbienne dans le lot..snif)
@Pucca: En tout les cas, j’en suis malade depuis ce matin. Désolé pour ca mais … la c’était comme trop pour moi tout seule
La pauvre Carolyn va avoir bien du mérite de supporter ça…
la proie deviendra peut-être la chasseuse, en tout chanceuse elle est d’avoir, a priori, une « tireuse » d’élite à ses côtés… bonne chasse aux blaireaux
@Lily : J’ai affutée le 22 long rifle … Je l’ai est dans mon viseur mes « boys » !