Dans mon pays du bout du monde, il y a trois choses avec lesquelles tu ne rigoles pas, dans le désordre : les ongles, les cheveux et les dents. Je ne suis pas sure d’avoir réellement saisi les ressorts sous-jacents, les motivations subconscientes de cette névrose, mais il ne semble pas aberrant d’y voir quelques délires religieux voire métaphysiques. Quelque chose comme : « Ben oui, mais c’est peut être tout ce qu’il me restera quand je me présenterai devant les autorités suprêmes ». And go figure that, peut être qu’une carie, un ongle rongé ou un cheveu qui dépasse seront éliminatoires dans les présélections pour le paradis. Cela serait trop bête de trébucher sur un détail aussi insignifiant. Et pour mes bons américains, il est tout simplement impensable de laisser au hasard un truc aussi important que la vie éternelle. En ce qui me concerne, l’ensemble de mes plans épargne sont résumés parfaitement par mon amie Scarlett « … After all, tomorrow is another day … ». Je suppute que mes ongles non rognés , mes cheveux frisotants et mes dents même si elles sont très bien rangées seront, au lendemain de l’Armageddon, sans doute éliminatoires. Cela dit, je ne pense même pas participer a la sélection de départ .. mais cela est une autre histoire.
Tout ca pour vous dire, que depuis que je suis en territoire des hamburgers, jamais au grand jamais je ne me suis approche d’une de ces officines empestant le clou de girofle et quelques autres huiles plus ou moins essentielles. Un philtre malin, mélange d’une trouille définitive de la roulette, et d’une peur viscérale pour cette secte qui larde, poinçonne et taraude vos gencives dans un irrespect total des conventions de Genève, un philtre donc m’empêchait de m’approcher du terrier d’un de ces gougnafiers. Il est, dois-je ajouter, une autre raison, qui me faisait soigneusement éviter ces praticiens. Le cout. Non seulement ces sadiques pulvérisent les gencives avec des outils moyenâgeux et un sourire sardonique (et vice versa), mais ils n’oublient pas non plus de ponctionner ton compte en banque, pourquoi se gêner. C’est bien connu. le dentiste creuse avec avidité ta molaire cariée mais avec encore plus de voracité, ton déficit bancaire chronique.
Et puis il est de ces matins, inondés de soleil, chaud et langoureux, un de ces matins qui font faire des choses stupéfiantes, comme par exemple appeler un dentiste. Biron. Georges. Ca me semblait pas mal comme nom de dentiste. Je trouvais ce patronyme rassurant, un nom joufflu, un nom lisse, rond, onctueux comme un yaourt grec, avec de vrais morceaux de fruits dedans. Un type qui me verserait un thé avant de me charcuter, un type qui comprendrait que je ne joue pas dans la même division que les autres, que je veux juste qu’il s’occupe du nettoyage d’hiver de mes dents, et qu’elles soient toujours capables de mordre la vie voire, si l’occasion se présentait dans une fesse charnue. Anyway, Biron, ne pouvait pas être tout à fait mauvais.
Et mon imaginaire avait tort. La séance a duré 90 minutes. Sans mi-temps. Pas le droit aux remplaçants. Un long tunnel noir, avec un projecteur de stade de foot a vingt centimètres de mes yeux. Derrière moi se tenait l’homme des basses besognes, bricolant je ne sais quoi dans un cliquetis patibulaire. Durant les premières minutes de jeu, ma défense soutint des attaques terribles. Sur l’aile droite, tout particulièrement, l’équipe des blouses blanches me poignassaient avec des trucs fait pour escalader les glaciers. L’arbitre ne m’a même pas accorde un sédatif et mes joues, remontaient au cerveau des « may day, may day ! » affolés et douloureux. La guérilla Bironiste reprit alors de plus belle, et faisant feu de tous bois pilonnant ma cavité buccale d’une quantité délirante de missiles, vraisemblablement guidés au laser et qui secouaient toute ma gencive comme une vulgaire banlieue de Beyrouth.
Après le coup de sifflet final, je rampais jusqu’au guichet afin de m’acquitter d’une contribution aussi peu facultative qu’insignifiante. Je ne savais pas que les dentistes avaient piqué la formule des psy « si tu paies pas, cela ne fonctionne pas ». Enfin bon, je considérais tout cela comme une rançon, une sorte de tribut de guerre pour-que-tout-cela-cesse-maintenant-tout-de-suite-la-immédiatement. Après m’être acquitté de ce qui doit correspondre au salaire annuel d’un dentiste français, la secrétaire derrière le comptoir me demanda si je voulais prendre rendez-vous pour recommencer dans six mois ? Non, jeudi a dix heures dans six mois ca n’ira pas du tout, tentais-je de bredouiller. Très bien reprit-elle, m’éclaboussant d’un sourire qui, a mon avis, devait briller aussi dans le noir. Sur le trottoir, je ruminais sur le sens du « très bien » claironne par la demoiselle aux dents radioactives. Est-ce que Georges serait capable de venir me chercher jusque chez moi, et me traîner de force dans son automitrailleuse blindée ? Par mesure de protection j’ai appelé le jour même le bureau du « Department of Homeland Security » le plus proche et j’ai dénoncé le Dr. Biron, oui, monsieur l’officier, un dangereux fanatique, un type de l’axe du mal a n’en pas douter. Voila. Aujourd’hui, Biron doit macérer dans une prison de haute sécurité dans le Vermont. Faut pas me chercher.
Je ne vous embrasse pas …. c’est pas que je veux pas … c’est que je peux pas ! J’ai encore mal aux gencives …
Oui effectivement vu sous cet angle, la prochaine fois prenez rendez-vous lors d’une de vos venues en France, chez une dentiste français (peut peut etre un peu moins sadique, je dis bien peut etre), avec des fraises françaises, la lumière aveuglante française…la secrétaire (absolument désagréable!un vrai bulldog français biensur) française ! et le tout avec les mêmes douleurs finales!! mais au moins vous n’aurez pas à faire la queue pour le dénoncer, il est déjà ficher sans aucun doute. Allez une petite douceur pour aller mieux…
un peu de tartre et des dents cariées, des poils de c* en guise de chevelure, des ongles rongés et cassés, une tête ne laissant guère de doute quant à ma non-origine suédoise, jeans et baskets troués … c’est mort pour moi le paradis et la vie éternelle alors !!? tant pis, il me reste le palpage fouillage systématique par les gentilles douanières … et puis pour le croquage de ma fesse vais donc essayer de la douanière ‘ricaine alors!
@Chimères: Et au moins je pourrais hurler en francais aussi et eviter de chercher mes mots en anglais pour demander a ce que le massacre s’arrete !
@Lily: Mais c’est parfait ca ….. Nous serons au moins sur de nous retrouvez au non-paradis ma petite dame ! Et alors la on va en croquer de la fesse de diablotine moi je te dit et avec les charmes qui nous caracterisent on va faire un malheur
Bon ben je vous suis de près au non-paradis les filles…
@Chester: Yes un pilier de plus !!
alors moi je me ronge les ongles mais c’est pour enlever le tartre… Par contre la coiffure, trop important pour que rayonne ma tronche d’Elfe. Mais j’m'en fous d’façon, parce que j’me réincarne en champignon ou en arbre dans ma prochaine vie (mais pas en girofle hein…) bah ouais! pour rester avec une pure coiffure pardi!
Y a tout de mêmes plusieurs domaines, dans lesquels la France n’a rien à envier aux » maîtres du monde »
@L’Elfe: Et surtout … surtout … ne change RIEN s’il le plait !
@Pucca: Des tas Madame …. En fait a un moment il faudrait que je fasses la liste pour de vrai.