Au Café Le’z Amérique

Traces

16
oct 2009
5 commentaires

024

Alors que je me débattais avec mes 41 degrés de fièvre, j’ai à peu prés écrit tout les articles pour les prochains 283 jours restants de vie de ce blog. Le seul problème étant que ne pouvant voir les touches de mon BlackBerry, j’ai tout tapé à l’envers et naturellement c’est illisible maintenant … Mais vous avez de la chance ou pas il m’en est restée la trace d’un seul. Le voila …

Comme vous avez pu le constater je voyage pas mal. Je passe souvent d’un continents à un autre, d’une mégapole a une ville de province et donc ipso facto (je m’étais juré de le placer un jour ce mot) de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel. Je suis sure que cela doit vouloir dire quelque chose en rapport avec mon caractère, comme une impossibilité de me fixer a un endroit. Blocage qui mériterait probablement que je me condamne a la torture suprême : à savoir lire les vingt-quatre volumes des œuvres complètes de Freud, mais comme j’ai des choses plus urgentes a faire, je garde cette idée au chaud dans une partie de mon subconscient ou de mon inconscient … Peut-importe l’endroit de toute manière je m’en moque !

Mais la n’est pas l’objet de la conversation. Donc hôtels. Et alors j’en ai fait. Des miteux et des grandes classes. J’ai testé des lits de moines et des lits surdimensionnés, des draps doux et rêches, des décors à faire des cauchemars et des ambiances feutrées propices à toutes les envies. Mais, ce que j’aime le plus est de laisser dans chaque chambre une trace de mon passage … Rhooo mais non n’allez pas vous imaginer que je marque le territoire. Franchement … Non je marque mon passage a coup de post-it planqué derrière les tableaux (il y a toujours un tableau accroche au mur … toujours …) pour qui un jour retournera le tableau ou pour qui fera la même chose que moi … Et j’écris quoi hein sur mon post-it ? En vrac, voila ce que vous pourriez y lire:

  • Le livre et la musique emporté en voyage
  • La dernière émotion ressentie
  • Mon souhait le plus cher a ce moment précis
  • La sensation immédiate éprouvée lorsque je pense a celle qui partage ma vie (Bon …d’accord les prénoms ont changés avec le temps et les émotions ont aussi variés du meilleur au pire et inversement)
  • L’adresse et le numéro de la chambre d’hôtel précédente
  • Et tout mes souhaits de bonheur à celui qui lira ce petit bout de papier

Je pense que je devrais rajouter mon adresse internet au cas ou la bouteille atterrisse un jour entre les mains de quelqu’un qui aurait envie de faire le chemin a l’envers et de remonter a la source de mes traces, de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel. Une sorte de voyage inversé qu’il ou elle pourrait me raconter après. Peut-être est-ce ma façon de m’enraciner a différant endroits ? Peut-être ai-je si peur de mon invisibilité que je ressens le besoin de laisser ces traces? Si vous avez d’autres explications, elles sont les bienvenues ….. Je suis une grande malade c’est ca ?

Oh et puis, retournez les tableaux de temps à autre. Souvent ce qu’il y a derrière et bien plus amusant que ce qu’il y a devant. Et puis c’est toujours plus porteur de voir les choses sous une autre perspective …

Je vous embrasse pas ce n’est pas l’envie qui m’en manque, c’est juste que je suis encore malaaAAAde et je ne voudrais pas être responsable d’une pandémie via Internet.

Traduit et re-écrit avec patience du BlackBerry vers le portable, la tête sur des oreillers

TWLSB

Pour commencer je vous rappelle que je suis toujours au beau milieu d’une grippe effroyable et que je me débats contre mal de crane et toux féroce. J’en ai même arrêtée (temporairement) de fumer … c’est dire. Bref, j’ai besoin de réconfort. Et mon infirmière spécialisée en livraison de soupes et autres potions magiques et arrivée avec un cadeau ce matin : des muffins tout chauds et un livre sous le bras : « Felice Newman – The whole lesbian sex book »

Dans son format « Revised and Expanded Second Edition ». L’histoire ne dit pas ce qui a été révisé. Il y a peut-être eu quelques ratés dans les expérimentations. 376 pages … un pavé … J’en apprendrai tout les jours avec des chapitres comme « Twelve reasons to go to a sex party » ou « Communication and finding sex partners ». Je ne vous traduis pas hein ? C’est terriblement américain comme bouquin donc quelque peu normalisé et fragmenté, mais cela a le mérite d’exister. Me voila donc à la tête du Géo Trouve-Tout de la sexualité lesbienne …. Dommage que cela ne soit pas Pif Gadget … Comment ca elle est vaseuse ma blague ? RooOOoo en même temps si on peut plus faire des associations d’idées .. hein

Je vous embrasse pas, ce n’est pas l’envie qui m’en manque mais j’ai plus la force la maintenant tout de suite … Je file dans la baignoire faire descendre la température de quelques degrés due a la fièvre … je précise … c’est tout

Contagion

Poussez vous un peu du canapé s’il vous plait …. Parce que BINGO ça y est j’suis’malaaaAAade … Je savais bien que le petit teigneux de Chicago qui était venu me casser les oreilles pendant toute une journée la semaine dernière en m’empêchant de lire a mon gré vos blogs et vos petites notes et bien j’aurais pas du l’asseoir en face de moi, ni le laisser deux minutes tout seul face a mon pot de crayons. Je suis sure qu’il a mis des microbes partout juste pour me rendre malade et donc faire en sorte que je le laisse tranquille pendant une semaine. Du terrorisme biologique ça ! Parce que la … c’est bon j’ai 39.5 de fièvre et je reviens de l’hôpital ou devinez quoi : j’ai la grippe. Je vous rassure, il semble que cela soit la grippe saisonnière. J’attends les résultats …. Et pourtant je vous jure que je ne laisse pas traîner mes mains partout ! Si seulement mais non !

Cela m’a permis de tester le General Hospital version Urgences. Heureux français(e)s que vous êtes, vous ignorez les joies de l’hôpital américain. Ici, même à l’article de la mort le toubib ne se déplace pas à domicile. Il faut aller toute seule à l’hôpital. Et ce matin au réveil, constatant que j’étais incapable de faire le point sur le tableau qui fait face a mon lit (et qui représente tout de même des éléphants, têtes tournes vers la porte parce que ça porte bonheur), je me suis dit que soit j’étais en train de devenir vraiment vieille et qu’il faudrait que je fasse un petit tour chez l’ophtalmo ou soit j’avais vraiment beaucoup de fièvre … L’état de l’oreiller m’a confirmé que l’option deux était la bonne … trempé.

Le temps de faire ma revue de presse du matin On sait jamais … si je venais a claquer bêtement la … sans avoir la suite des aventures des uns et des autres , je me suis traînée hors de mon lit a quatre pattes, j’ai enfilé ce que je trouvais a portée de main et je suis descendue dans la rue pour héler un taxi qui m’a jeté a la porte de l’hôpital.

Premier choc .. Il y avait à peu près soixante personnes dans une salle des Urgences dans un état tout aussi proche du mien … Direction Dispatching …. La gentille infirmière (NooOOnn pas la même que celle du métro) me demande ma carte d’assurée sociale, ma carte de mutuelle en me tendant un masque (J’ai l’air si malade que ca !?!?!?) et me « dispache » a droite … C’est-à-dire pas dans la salle ou attendent les soixante personnes mais dans une autre salle ou nous sommes environ cinq personnes a première vue mais comme je voyais double, je ne suis plus trop sure du nombre. C’est tout juste s’il n’y avait pas une serveuse pour proposer un café et des muffins. La moquette était épaisse comme un pull irlandais, les tableaux au mur n’étaient pas des reproductions mais de vraies œuvres d’art, il faisait bon et chaud, les fauteuils étaient moelleux, tellement moelleux que je m’y suis écroulée et à moitié endormie. Pas pour longtemps car le médecin m’a reçu dans le quart d’heure suivant. Je suis passée au check-up en moins d’une heure y compris la prise de sang …. Et pour un verdict que vous connaissez … Donc moins d’une heure après j’étais de nouveau dans la rue, avec 25 dosettes de paracétamol dans le sac et le museau recouvert d’un joli tissu bleu qui me fait passer pour une pestiférée au yeux des autres.

Je crois que je ne vais pas me marrer dans les jours qui suivent. Parce que je suis la spécialiste des fièvres et que la un petit 40 ce n’est pas grand-chose pour ma grAAAande carcasse. Fait c* d’être seule dans ces cas la. Je pourrais téléphoner a Mère qui pourrait traverser l’Atlantique pour venir soigner le dernier rejeton de la famille … Mais il faudrait que je cache la petite boite noire, pis que je range le bordel, pis, pis … ou la j’ai la tête qui tourne rien qu’a cette évocation. Je crois que je préfère agoniser seule dans mon lit.

La pour le coup je vous embrasse. Mais à vrai dire je ne sais plus ce que je fais. Sans nouvelles de MoA d’ici une semaine envoyez les secours et le Consul de l’Ambassade à ma rescousse…

Écrit du fond de mon lit en écoutant les petits angelots qui me parlent au dessus de la tête

Get out

10
oct 2009
3 commentaires

023

Encore une petite rigolade américaine : le NCOD. Non ce n’est pas l’acronyme pour « Nationale Commissie voor Internationale Samenwerking en Duurzame Ontwikkeling », mais The National Coming Out Day. Je cite : Whether you’re lesbian, gay, bisexual, transgender or not, be proud of who you are and your support for LGBT equality this National Coming Out Day.. Le grand raout, c’est demain 11 octobre, partout dans le pays des Cows-Girls Unies !

Mais ce que j’aime particulièrement c’est le « or not »…. Ca fait qu’il reste qui ? Vu l’énumération je pense que tout le monde se reconnait dans une « case ». Ratisse large les américains tout de même. C’est dommage, si j’avais été en France, j’en aurais profité pour m’y coller et aller voir Mère et Père ! Une vraie tranche de poillade assurée. Vraiment quel mauvais timing … J’suis déçue .. déçue … (Comme vous pouvez l’imaginer)

La proie

09
oct 2009
5 commentaires

La proie est devant moi à une dizaine de mètres … Plutôt séduisante… Une petite trentaine d’années a moins que le maquillage qui encadre ses yeux ne la vieillisse un peu. Grande, plutôt fine, élancée, des cheveux mi-longs d’un blond tirant sur le vénitien, des yeux noisettes légèrement en amande, des jambes fuselées, des genoux arrondis et des quenottes parfaitement alignées et d’une blancheur intrigante. Un tailleur gris anthracite sur un chemisier blanc classique de bonne coupe. Une paire de chaussures à talons. Des boucles d’oreilles assorties a un collier de verroterie, un bracelet argentée. Pas d’alliance.

La proie, l’œil aux aguets avance en louvoyant légèrement vers mon bureau de la démarche un peu élastique de quelqu’un habitué à passer des heures en salle de gym. Elle tire vers elle d’un geste vif le siège « Invité » face a mon bureau et s’assoit en croisant les jambes. Ses épaules se détentent imperceptiblement. Juste un léger mouvement que pourtant je remarque. Elle me parle en souriant doucement. J’écoute a moitié, un œil fixée sur des ongles qui arborent une french manucure de moins de 24 heures et l’autre rive sur cette jambe croisée.

Je plains la proie. Tous les gars de mon service ont remontés les manches et affutés leur sourires de carnassiers. La chasse est ouverte. Je le sens viscéralement. Prêts a tout pour gagner la course de la séduction démarrée dix minutes plus tôt a son arrivée dans les bureaux. Gagner cet innommable concours, l’accrocher sur leur tableau de chasse. Je ressens les regards qui se posent sur la proie avec douleur, compassion et une certaine forme de tendresse aussi. J’ai les yeux humides et le cœur au bord des lèvres.

Je ne serais pas dans le camp des chasseurs. Certainement pas, définitivement pas. Jamais. Elle ou une autre. Je n’ai pas ce trait de caractère. Mes « hommes », que pourtant j’aime bien me donnent la nausée. Je déteste leurs regards a cet instant précis. Sensation d’étouffer, envie de partir, de claquer la porte, d’aller respirer l’odeur de la mer …. dehors.

Dans l’avenir, je sortirai peut-être chercher a déjeuner de temps a autre avec elle. Nous serons évidement assises a la même table lors de la prochaine soirée de Noel. Je lui parlerais aussi d’autre choses que de travail. Elle me demandera certainement ce que fait mon « ami » … J’éluderai la question une fois de plus en répondant le plus nonchalamment possible et en utilisant des mots comme « France », « décision », « couple », « distance », « carrière » et « choix ». Elle me demandera comment je fais pour naviguer entre les écueils des « boys » du bureau. Je lui expliquerai que tout tient dans le regard posé sur l’autre, et certainement pas dans une attitude agressive ou de séduction. Je lui expliquerai qu’il faut garder les yeux grands ouverts et qu’il faut refuser de se soumettre a un certain ordre du monde et cela quelqu’il soit. Enfin si elle me le demande.

La proie s’appelle Carolyn. Elle rejoint notre équipe aujourd’hui. La seule fille de l’étage avec moi. J’espère qu’elle saura trouver sa place et son équilibre ici sans avoir a perdre même partiellement son âme. Je le lui souhaite. Je suis heureuse d’être ce que je suis a cet instant. Libre n’est pas tout a fait le mot juste, mais d’une certaine maniere je le suis. Je voudrais pouvoir leur dire a tous. Leur faire comprendre. Je ne le ferais pas comme d’habitude. Bienvenue dans l’Antre.

Ecrit la rage au ventre et le petit-déjeuner au bord des lèvres